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La nuit où l'inventaire de Rachid ne tombait pas juste

74 000 dirhams d'écart à l'inventaire annuel. Récit d'un gérant de quincaillerie, de la nuit de panique à l'année où tout est rentré dans l'ordre.

18 juillet 2026
La nuit où l'inventaire de Rachid ne tombait pas juste

Rachid est un personnage illustratif. Mais sa nuit d'inventaire, beaucoup de gérants l'ont déjà vécue — souvent plus d'une fois.

21 h 15, un dimanche de fin décembre

Le rideau de la quincaillerie est baissé depuis midi. À l'intérieur, cinq personnes comptent depuis neuf heures.

Rachid, 47 ans, gère ce magasin à Fès avec un dépôt à trois rues de là. Comme chaque fin d'année, elle a choisi un dimanche pour l'inventaire annuel : le magasin fermé, toute l'équipe mobilisée, les listes imprimées la veille, le thé qui refroidit sur le comptoir.

Sur le papier, l'affaire devait être pliée à 18 h.

À 21 h 15, son frère Adil ressort de l'allée des câbles avec sa feuille à la main et une phrase que Rachid va réentendre toute la nuit :

"Ça ne tombe pas juste."

Minuit : le total qui fait mal

Rouleaux de câble : 18 de moins que le stock théorique. Robinets mitigeurs : 11 de moins. Sacs d'enduit : 9 de plus — d'où sortent-ils, ceux-là ? Visserie : personne n'ose même conclure.

On recompte. Deux fois. Les chiffres bougent un peu, mais le trou reste.

Vers minuit, Rachid additionne les écarts sur un coin de carton : environ 74 000 dirhams de différence entre le stock théorique et ce qui est physiquement là.

Alors la fatigue parle. Quelqu'un évoque le livreur. Quelqu'un d'autre rappelle que le dépôt reste ouvert quand tout le monde est en livraison. Un troisième soupçonne les clients du samedi matin, quand le magasin est plein.

Tout le monde rentre à 1 h du matin, épuisé, fâché, et sans réponse.

C'est le moment le plus dangereux d'un inventaire : celui où on cherche un coupable avant d'avoir cherché une cause.

Janvier : l'autopsie à tête reposée

La bonne décision de Rachid n'a pas été prise cette nuit-là. Elle a été prise la semaine suivante : au lieu de corriger les chiffres en silence et de passer à autre chose, il a bloqué deux matinées pour comprendre, écart par écart, en commençant par les plus gros écarts d'abord.

Voici ce que l'enquête a montré :

Écart Cause réelle
18 rouleaux de câble Vendus au mètre au magasin, mais comptés en rouleaux au dépôt : personne ne déclarait les rouleaux entamés
11 mitigeurs Deux transferts dépôt → magasin faits en urgence, jamais notés nulle part
9 sacs d'enduit en trop Une livraison fournisseur rangée directement, dont le bon de réception n'a jamais été saisi
Visserie Casse et boîtes abîmées jetées au fil de l'année, sans aucune trace
2 perceuses Introuvables — probablement le seul vrai vol de la liste

Le verdict a surpris tout le monde : sur 74 000 dirhams d'écart, l'immense majorité n'était pas de la marchandise disparue. C'était de l'information disparue. La marchandise avait bougé normalement ; ce sont les traces écrites qui manquaient.

Personne n'avait volé les mitigeurs. L'entreprise s'était simplement racontée son stock de mémoire, pendant un an.

Ce qui a changé pendant l'année

Rachid n'a pas ajouté une caméra ni un cadenas. Il a ajouté des traces.

Chaque mouvement laisse un papier — ou plutôt une ligne. Un transfert entre le dépôt et le magasin n'existe que s'il est enregistré, même fait en urgence, même pour deux articles. Une casse jetée sans bon de sortie, c'est un écart programmé pour décembre.

Les réceptions sont saisies le jour même. Le bon du fournisseur ne va plus "dans la pochette pour plus tard". Ce qui entre est enregistré avant d'être rangé.

Les unités sont clarifiées. Le câble se gère au mètre partout, du dépôt jusqu'au ticket de vente. Plus jamais deux unités différentes pour le même article selon l'endroit où il dort.

Et surtout : le comptage est devenu une routine, pas un événement. Chaque premier mardi du mois, une zone est comptée pendant une heure, magasin ouvert — le principe de l'inventaire tournant. Un écart découvert en mars sur les robinets se comprend en dix minutes. Le même écart découvert en décembre est indéchiffrable.

La feuille que l'équipe utilise aujourd'hui pour ces comptages ressemble à celle-ci — une zone par feuille, deux comptages, l'écart calculé automatiquement dans Excel :

Feuille de comptage d'inventaireGratuit, sans inscription · écarts calculés automatiquement dans Excel

Décembre suivant : 2 h 30, thé compris

L'inventaire annuel n'a pas disparu — il reste le point de vérité de fin d'année, et Rachid le prépare toujours avec la même méthode par zones.

Mais l'année suivante, le comptage complet a pris deux heures et demie. L'écart total : moins de 3 000 dirhams, expliqué avant la fin de la matinée.

Adil a résumé la différence mieux qu'un rapport : "L'année dernière, on découvrait notre stock. Cette année, on le vérifiait."

Et vous ?

Si votre dernier inventaire ressemble à la première nuit de Rachid, le problème n'est probablement ni votre équipe ni les voleurs. Posez-vous ces cinq questions :

  1. Un transfert entre deux lieux de stockage laisse-t-il toujours une trace écrite ?
  2. Les réceptions fournisseurs sont-elles saisies le jour même ?
  3. La casse et les articles jetés ont-ils un bon de sortie ?
  4. Chaque article a-t-il une seule unité de gestion, identique partout ?
  5. Comptez-vous une petite zone chaque mois, ou tout d'un coup une fois par an ?

Un inventaire annuel qui tourne au cauchemar est rarement une catastrophe de décembre. C'est une année entière de mouvements sans traces, qui présente sa facture en une seule nuit.

Tags :
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